Être écouté est un désir partagé de tous. En effet, les explications interminables, les diverses réactions sont autant d’éléments qui parlent de ce besoin. Cependant, le désir ardent de faire prévaloir ses idées,  l’intolérance à l’ambiguïté rendent  infructueuses les  échanges. Et à force de se lancer dans cette démarche à la fois égocentrique et réductionniste, on finit toujours par rater l’essence même des interactions : l’écoute ! Les dialogues échouent donc à cause des prédispositions mentales à imposer à l’autre sa compréhension du monde plutôt que  chercher à comprendre la sienne.

J’ai raison… tu as tort…! Telle est la finalité recherchée dans presque toutes  discussions. Les politiciens s’entre-déchirent au détriment du peuple,  les familles se divisent, les couples sont en péril, les relations interpersonnelles se détériorent et tant d’autres problèmes surviennent dans nos quotidiens avec tous un seul dénominateur commun, l’écoute négligée. Tout le monde parle mais qui écoute qui en réalité ?

L’écoute est, selon Solange Cormier,  cet élément fondamental de communication  qui permet de réduire le vide abyssal séparant les hommes. Présente à tous les niveaux, elle constitue la pierre angulaire de toute relation interpersonnelle, toute organisation qu’elle soit sociale, politique, religieuse et autres. Elle déclenche ainsi les prises de conscience, changements de comportement et les dynamiques nouvelles. Selon  Michel Crozier, un  sociologue français, l’écoute est inhérente à la réussite de toute implantation de nouvelles philosophies, toute démarche de mise en place d’un changement. On comprendra donc pourquoi certaines décisions de certains gouvernements n’aboutissent pas, pourquoi il est souvent difficile à certains gestionnaires de motiver leur équipe et pourquoi certaines collaborations et coopérations se terminent toujours en queue de poisson.

Parce que l’on a coutume d’attribuer l’écoute à l’audition( cette dernière ne requérant aucun effort particulier)  les efforts humains sont orientés  vers  l’élocution plutôt que l’écoute. La capacité de persuasion, de s’exprimer avec fluidité primera pendant longtemps sur celle d’écouter. Aujourd’hui encore, il y a des gens pour qui l’écoute importe peu, l’essentiel est de faire  bonne impression et celle ci dépend exclusivement de l’élocution ! On dit de quelqu’un qu’il est un grand orateur par exemple. On observe des gens , pour qui, accroître leur leadership revient à être plus convaincants( considérant inlassablement l’autre comme un récipient à remplir), espérant ainsi qu’ils se feront entendre. Tout ceci n’est que peine perdue lorsqu’on sait que la capacité à se faire entendre découle de celle de pouvoir écouter.  

S’il est aussi important d’écouter, la question qui s’impose alors est de savoir comment écouter ? D’entrée de jeu, il faut mentionner que savoir écouter est un exercice à répéter régulièrement si l’on veut vraiment être efficace et non une technique à apprendre par cœur. Maintenant  reste-il à savoir pourquoi on écoute les autres. Les écoute-t-on pour avoir une confirmation de nos idées,  ou bien  pour aller à la découverte, partir à leur rencontre ? Écouter rien que pour imposer à l’autre son idée comme étant « La vérité » n’est pas écouter ( amener l’autre à accepter notre idée  ne constitue pas un problème en soi, c’est l’obsession à le faire qui l’est. D’autre en plus que saisir le point de vue de l’autre vaut mieux que s’entêter à faire valoir le sien ). Par contre, lorsqu’on met ses idées de côté pour écouter les autres, on reçoit et comprend leur idée sans obligation de s’y accommoder pour autant. Toutefois,  Ce n’est pas chose facile d’écouter sans penser à sa réplique. Ceci est un réflexe naturel qui,  souvent, se limite à l’audition des mots sans trop grande compréhension. L’écoute telle que la définit Cormier, vise la conjugaison d’efforts  consentis par les acteurs en vue de la résolution d’un problème ou de la construction de quelque chose, en s’écartant, bien sûr, de tout laxisme. De ce fait, elle implique:

1. La capacité de pouvoir se centrer sur l’autre, son message. On cesse donc de s’accrocher à ses croyances et connaissances  en restant connecté à ce que dit l’autre;

2. La capacité d’accepter les ambiguïtés de l’échange et de valoriser les différences. Est-ce à dire, que l’on veut , d’une certaine manière, saisir la complexité de l’idée de l’autre, sans préalablement chercher sa véracité, tout en la valorisa.

On évite donc toute approche réductionniste de la question. Par exemple, on cherche d’abord à comprendre pourquoi son interlocuteur avance  telle idée au lieu de chercher à savoir si elle est vraie ou ne l’est pas. Certaines personnes estiment avoir raison parce-que leur point de vue est partagé par la majorité. Galilée( Galileo Galilei 1564 – 1642) en affirmant la rotondité de la terre et qu’elle tourne autour du soleil  était condamné parce-que la majorité ( l’eglise) pensait autrement. Ce que l’on prend donc pour  vrai  ne l’est que par rapport à ses croyances, ces dernières peuvent être partagées de certaines personnes et non d’autres. Quelque soit l’issue considérée, l’essentiel est de pouvoir accepter les divergences. Car, sait-on tous que, c’est de la divergence des idées que les grandes théories ont vu le jour, alors autant être prêt à vivre l’inconfort des idées de l’autre;
3. Que l’on soit prêt à offrir à l’autre sa disponibilité. C’est une activité qui nécessite une très grande concentration et pour cela il faut que l’esprit soit vidé de toute inquiétude, préoccupation. Il lui faut donc du temps et de l’énergie. N’écoutez pas les gens si vous n’êtes pas disposé à le faire ;  soit vous êtes pressé, soit  vous êtes préoccupé par autre chose. Ce ne sera que du temps dépensé pour rien. L’écoute simulée n’aboutit à rien, alors vaut mieux être franc et renvoyer la discussion si vous n’êtes pas d’humeur.

Quoique compliquée, l’écoute peut beaucoup nous apprendre. Elle est, en effet, un élément indispensable au développement personnel. La conversation n’étant pas un concours, l’écoute nous permet de découvrir et d’apprécier l’autre dans sa diversité. Bon nombres de nos maux seraient évités, le pays fonctionnerait mieux  et nos conversations plus fructueuses,  si l’on prenait vraiment le temps et le soin de s’écouter. Ce n’est pas la capacité d’écoute qui manque aux gens, car dès qu’on manifeste réellement l’envie d’écouter quelqu’un, l’esprit se fait spontanément calme et silencieux. C’est plutôt le désir d’affirmer sa supériorité par rapport à  l’autre, son ego, la satisfaction des intérêts mesquins personnels au détriment des intérêts collectifs, le refus de toute idée nouvelle( qui porte à construire des murs de protection autour de soi contre toute opinion différente venant de l’extérieur)  qui inhibent le processus, empêchent toute prise de décision susceptible d’être favorable à tous. Ce sont autant de facteurs qui rendent, entre autres, les dirigeants sourds aux demandes des dirigés, et inefficaces certaines décisions.  Même quand la situation présente un tableau sombre, on peut s’appliquer à changer la donne, si on s’écoute pour de vrai. Partons à la découverte de l’autre!